
Les premiers examens non invasifs des œuvres ont été effectués par l’œil de l’expert. Celui du conservateur, de l’historien d’art, du conservateur-restaurateur, ou encore du scientifique. Cette observation approfondie de la matérialité d’une œuvre à des fins de conservation est intervenue en premier lieu dans le cadre des constats d’état et des relevés pour lesquels le dossier photographique est venu progressivement remplacer les croquis effectués à main levée. On peut ainsi considérer les techniques photographiques comme les premières technologies d’examen non invasives, mises en œuvre pour caractériser de façon objective la matérialité d’une œuvre.
Depuis, les techniques non invasives n’ont cessé de progresser, permettant d’obtenir un maximum d’informations sur les œuvres en minimisant le nombre de prélèvements pour études et/ou recherche ; cette évolution des examens scientifiques vers l’objectif d’une invasivité minimale répondant ainsi à l’affirmation de la déontologie minimaliste des interventions en conservation-restauration.
Le développement de l’instrumentation scientifique, toujours plus puissante et miniaturisée, a permis l’accès à de nouveaux appareils transportables, utilisables in situ, dans le cadre d’aller-voir, d’études préalables ou en cours de restauration. Ces dernières années, l’essor des techniques d’imagerie scientifique et documentaire 2D/3D, de microscopie de terrain et d’analyses non destructives a dessiné un nouvel environnement scientifique, contribuant à un nouveau paradigme tendant à déplacer le laboratoire vers les ateliers et les œuvres elle-même.
L’utilisation grandissante des techniques non invasives pose néanmoins plusieurs questions : celle de leurs apports, de leurs limites et de leur complémentarité avec les techniques micro-destructives de laboratoire, celle de leur accessibilité et de leur appropriation par les professionnels de la conservation-restauration ou encore celle de l’archivage et de la réutilisation des données produites.
Cette évolution a en effet augmenté la quantité d’information disponible dans le processus de documentation scientifique et de caractérisation des biens culturels. Cela constitue un enrichissement manifeste pour l’aide à la décision dans le cadre des interventions de conservation-restauration mais nous amène aussi à nous interroger sur la façon dont ces nouvelles données objectives interagissent avec nos appréciations subjectives des œuvres.
Le colloque international SFIIC 2026, organisé à l’initiative de l’ensemble des sept groupes de travail de la SFIIC, traitera de la conservation-restauration du patrimoine mobilier et immobilier, ancien et moderne et constitué d’une large gamme de matériaux. Cette approche non invasive, que nous entendons au sens large, abordera sous différents angles les questions liées à la connaissance et la documentation de œuvres comme celles des études et recherches menées sur leur matérialité. Les interventions à une ou plusieurs voix reflèteront l’interdisciplinarité, chère aux valeurs de la SFIIC.
Les langues du colloque seront le français et l’anglais (avec traduction simultanée).
Une session poster sera également au programme et fera l’objet de présentations éclair (1 minute/1 diapositive).
Les communications orales feront l’objet d’un article manuscrit dans les actes du colloque dont la publication est prévue au second semestre 2026.